Otillo Swimrun World Championship 2018

Stockholm, Suède

"Vivre, c'est la chose la plus rare au monde. La plupart des gens ne font qu'exister"

(Oscar Wilde)

Je ne sais pas trop par où commencer...

Alors d'abord, MERCI, merci à vous toutes et tous qui nous avez soutenues, encouragées puis suivies, en pensées ou sur le live en ce lundi 3 septembre, puis réconfortées, c'est grâce à vous si nous avons pu réaliser ce voyage et si nous avons été aussi loin au cours de cette journée mémorable!

Ensuite ...15 km, 15 tout petits km.....C'est ce qui nous aura manqué pour conclure de la plus belle des manières cette aventure; certes, nous n'avons pas à rougir de notre parcours, MAIS vous nous connaissez assez bien l'une l'autre ou les deux pour imaginer à quel point notre déception est grande...

La journée avait pourtant parfaitement débutée, une météo idyllique, une température clémente, et malgré la nuit courte (lever 3h15 pour un départ du ferry vers l'île de Sandhamn à 4h45), la joie d'être là, tout simplement.

Le ferry à peine arrivé et c'est déjà le départ; ça démarre gentiment avec 1,2 km à pieds en format 'neutralisé', c'est à dire tout le monde ensemble, puis les choses sérieuses commencent, avec la plus longue portion de natation, 1750m, au lever du jour : de bonnes sensations, même pas froid (on en regretterait presque le deuxième bonnet), 29 minutes qui passent en un rien de temps.

On va rapidement prendre la mesure de l'immensité de la tâche qui nous attend avec la mini portion suivante à pieds de 850 m, sur des pierres ultra glissantes, sans aucun chemin auquel se raccrocher, où seules les rubalises nous guident dans la bonne direction ... On s'applique, il faut à la fois regarder en l'air pour repérer les rubalises et par terre pour éviter tous les pièges : racines, mousse glissante, trous, troncs (!), autant dire que l'allure est "tranquille" ...

Nous rendons bien service à une équipe masculine en ramassant une de leur "plaquette", sans nous ils auraient du rebrousser beaucoup plus leur chemin pour la retrouver .... Et nous atteignons la première barrière horaire à T4 dans un tempo honorable pour des équipes dites "lentes", en 2h22 (pour 3h).

Le tronçon qui suit est beaucoup plus délicat, nous l'avions anticipé, la barrière horaire est difficile à respecter pour un binôme de notre niveau, il y a en particulier la traversée de l'île de Munkö (T6) où nous mettons une demi heure pour franchir ses 1,5 km de "jungle"... On se croise et on se recroise avec 2/3 équipes, on s'encourage mutuellement.

C'est finalement avec 10 minutes d'avance, à 11h05 que nous passons le cut-off de T8, grâce à une partie assez roulante qui nous dégourdit un peu les pattes. 5 heures de course déjà, on parvient bien à boire et à s'alimenter, entre nos propres réserves et les ravitos sur place (merci les sandwichs au fromage de T8), où de joyeux bénévoles nous encouragent chaleureusement. Les km s'enchaînent, les paysages sont magnifiques et les traversées aquatiques agréables malgré les sorties périlleuses effectuées à 4 pattes sans aucune élégance. On a moins la pression pour la barrière horaire suivante, on progresse. Ça commence un peu à se compliquer, car Sophie a froid pendant le fameux "Pig Swim", portion de natation de 1400m redoutée mais finalement plutôt docile aujourd'hui.

On passe avec une heure d'avance, à 13h30, la barrière horaire T11, Nous sommes encore au coude à coude avec une équipe masculine, mais c'est la dernière fois que nous les reverrons... Les portions qui suivent ne nous rendent pas la tâche aisée, c'est très difficile, à nouveau des parcours qui montent et descendent en forêt, sans trace à suivre... On repart après le ravito de T12 vers 14h30, bien aidées par les bénévoles qui me rassurent sur notre progression et encouragent Sophie. Une portion de natation de presque 1 km re-refroidit Sophie. A la barrière horaire T13, nous avons encore 50 minutes d'avance (15h10 pour 16 heures), et là, la perspective de s'élancer après 300 mètres de natation sur la fameuse île d'Ornö et ses légendaires 20 km à pieds apparaît comme un mur infranchissable pour Sophie. Et je refuse de prendre la décision pour nous deux. Je lui dit que tant qu'on peut progresser, même en marchant, il faut le faire, qu'il vaut mieux être "coupées" à la prochaine barrière horaire que d'abandonner alors que l'on tient encore debout toutes les deux. Une nouvelle fois, les bénévoles, mais aussi le co-directeur de la course, Matt, présent sur ce ravito, nous motivent, et après quelques amabilités échangées entre nous deux, on repart à l'eau pour rejoindre Ornö. Nous sommes désormais en queue de course, donc avons le privilège d'être suivies par un bénévole "balai", qui enlève pancartes et rubalises après notre passage... C'est la première fois que cela nous arrive sur une course....

Il y a une douzaine de kilomètres à parcourir jusqu'au ravito à T14, nous alternons course et marche en fonction du parcours, je guette un signe de fléchissement physique pour ne pas mettre Sophie en danger, mais elle continue à boire et manger, et notre petit rythme nous permet d'atteindre un chouette 'ravito sauvage' organisé par des insulaires, avec douche rafraîchissante au tuyau d'arrosage et friandises à gogo, à seulement 2km de T14... Nous repartons et je reprends espoir de pouvoir nous faire continuer (j'avais promis à Sophie que l'on pourrait stopper à T14), et commence à détailler oralement le parcours qu'il ne nous restera, seulement 7,8 km pour aller au bout de Ornö puis le dernier tronçon de 6km à pieds et 1 en natation, en plein de petites portions.

Presque rien, quoi, au regard des 60 km parcourus ....Que tous ceux qui arrivent au bout de Ornö arrivent au bout, à Utö... Mais à peine arrivées à T14, à 17 heures, tout s'est joué en quelques secondes... J’ai compris qu'on ne repartirait pas...Sophie était persuadée à cet instant d'être allée au bout des ses forces et d'être incapable de parcourir les 7,8 km restants sur Ornö. Le reste de la journée est anecdotique, j'ai arrêté la montre, nous avons rejoint en bateau pneumatique l'île d'Utö, sa mythique ligne d'arrivée, et tous les concurrents heureux d'en avoir terminé...


C'est évidemment difficile de ne pas savoir si nous serions parvenues ou pas à parcourir les 7,8 derniers km sur Ornö avant la difficile barrière horaire de 18h, et si nous aurions réussi à franchir la ligne d'arrivée. Et il est encore bien trop tôt pour dire si l'esprit de revanche nous poussera à tenter de nous re-qualifier... Mais nous en avons certainement plus appris sur nous-mêmes et sur notre binôme pendant cette course que pendant la dizaine d'autres swimruns que nous avons partagés... Dans quelques jours, (ou quelques semaines), l'immense déception fera très certainement place à la fierté d'avoir parcouru 60km des 75km du mythique championnat du monde de swimrun Otillö, nous nous rappellerons des paysages somptueux, et du plaisir partagé même dans l'adversité, de toutes les personnes adorables rencontrées, notamment les équipes françaises aguerries, et probablement que de nouveaux projets nous feront à nouveau rêver ....

Sylvie & Sophie