Ötillö Swimrun World Championship 2019

Sandhamn - Utö, Suède

Ötillö 2019 - Le récit

400 jours et 13h31, parce qu’ÖtillÖ, c’est tout sauf un jour dans une vie par Sylvie

400 jours…

  • Même si NOTRE binôme à Sophie et moi a fait ses débuts en swimrun il y a 3 ans, après avoir visionné ce fameux reportage ‘Intérieur Sport’ (« non mais ces types sont complètement fous ! ») et surtout abandonné sans regrets le triathlon après une chute mémorable en vélo …
  • C’est finalement la durée de la gestation de NOTRE ÖtillÖ, depuis l’annonce fin juillet 2018 de notre 1ère qualif suite à un ‘roll-down’ de jetons distribués à ÖtillÖ Isles of Scilly 2 mois plus tôt, jusqu’à la veille de ce championnat du monde 2019 …
  • Pendant lesquels cette aventure a fait partie intégrante de NOS vies et de NOS quotidiens, en nous faisant passer par tous les états d’âme et toutes les couleurs de la palette des sentiments….

J-400 : Fin juillet 2018

La surprise d’apprendre la qualif, la décision rapide mais assumée de ne pas refuser un tel ‘cadeau’, malgré les handicaps certains comme le manque d’entrainement avéré au regard du peu de délai imparti avant la course et quelque chose que nous n’avions pas anticipé à l’époque, le manque de préparation mentale indispensable pour un tel objectif…

J-380 : Aout 2018

L’euphorie provoquée par le formidable élan de générosité envers notre cagnotte Leetchi (si nous en sommes là, c’est grâce à vous, encore mille mercis), et les préparatifs et l’entrainement, "de notre mieux"…

J-365 : ÖtillÖ 2018

La déception, IMMENSE, d’avoir échouées, si près du but… La colère, la tristesse, aussi …

J-350 : septembre 2018

L’incompréhension au sein du binôme, provoquée par cette difficulté inédite pendant la course d’un déphasage corps-esprit que nous n’avons pas réussi gérer ou enrayer… La remise en question, beaucoup, chacune de notre côté …

J-320 : octobre 2018

Le début de la reconstruction, déjà, avec 2 swimruns qui étaient prévus de longue date, Arcachon et ÖtillÖ Cannes ... Ouf, le binôme fonctionne toujours bien, malgré une course éprouvante à Cannes entre les méduses et les défaillances matérielles.

Fin de la saison swimrun 2018, reprise de la natation, avec les Gigis.

J-280 : novembre 2018

La vie a repris son cours ‘normal’, avec son lot de projets et d’évènements personnels et professionnels, dont notamment un beau mariage du fiston en juin à organiser pour Sophie, et pour ma part d’incessants déplacements pros Bordeaux/Monptellier qui perdureront tout 2019 et une ‘structure’ à imaginer et mettre en place autour de ma nageuse de fille Lucile. Otillö n’est plus un sujet, du moins en apparence …

J-250 : décembre 2018

La stupéfaction, le CADEAU de Noël : Sophie me dit qu’elle voudrait qu’on retourne à ÖtillÖ …

J-220 : janvier 2019

La machine à rêver est en route, on étudie nos options possibles de qualification, le ranking (avec Cannes et Scilly à notre actif) et le ‘director’s choice’ - on choisit de postuler aux 2 pour maximiser les chances. Première pierre officieuse de la préparation, le trail d’Hostens, avec Yann un de nos plus fidèles supporters et partenaire d’entrainement, en attendant le verdict ...

J-200 : février 2019

La joie, la qualification est obtenue au ranking ! Joie découplée puisque le binôme Vieux neptuniens Yann / Jean Nicolas fera également partie de l’aventure. Mais tout reste à faire, et nos agendas entre mes voyages montpelliérains et les préparatifs de mariage sont très peu synchronisés … Sophie potasse un véritable plan de bataille, avec son coach Fred Caron et coach Yohan, comprenant natation, course à pieds, swimruns et même des courses trails, pour s’aguerrir ensemble …

J-175 : mars 2019

La prise de conscience du chemin à parcourir… je fais l’impasse sur les championnats de France natation masters (trop d’instances familiales …), pas Sophie, qui ramène un paquet de médailles, dont le titre sur le 100 pap – un petit trail à Canejan, avec Alain, autre partenaire incontournable …

J-140 : avril 2019

La découverte d’un trail à 2 en montagne (trail du Baretous à Arette) avec du dénivelé, permettant la poursuite du recensement de tout ce qu’il y a à peaufiner, la gestion de l’effort, la nutrition … La finale des championnats de France masters à Boulogne par équipe est pour nous la dernière « compétition festive » …

J-100 : mai 2019

Le plaisir d’un podium sur le swimrun d’Angers (seul swimrun que nous ferons ensemble avant l’échéance) dans des conditions hivernales, le boulot de préparation a véritablement commencé, surtout pour Sophie, qui suit son programme à la lettre … Je suis en retard notamment à cause de ma vie de nomade, l’échéance me parait à la fois trop proche et trop lointaine et un doute latent sur notre capacité à y arriver a effacé la joie de la qualif (probablement la conséquence du retard que j’ai pris …)

J-75 : juin 2019

A 3 mois de l’échéance, un gros mois d’entrainement pour toutes les 2, ponctué d’une boulimie de courses pour empiler les km en retard de mon côté (courses en eau libre, swimrun d’Hossegor, championnats de France natation masters été - toutes les copines masters sont déjà à fond derrière nous, on vous aime et vous finirez toutes par swimrunner- et le semi des Jalles) et du mariage du fils de Sophie, avec en commun quelques sessions de swimrun/eau libre dans le célébrissime lac de Bordeaux et des retrouvailles ‘potaches’ avec nos chers Vieux Neptuniens au swimrun de Vassivière (binôme sur le L avec copine Loane pour moi et le XL avec Mitch (son partenaire préféré de ‘big day’) pour Sophie, en mode ‘guerrière du froid’).

J-50 : juillet 2019

La rigueur s’est installée (fini l’alcool …), c’est le mois le plus intense en km au niveau entrainement, malgré peu ou pas de congés …En point d’orgue le trail des Refuges en duo à Cauterets (33km, 2000D+, plus de 7 heures d’effort en pleine canicule), la traditionnelle traversée de la baie de St Jean, en bonne compagnie, et une visite expresse à Gavin notre gérontophile préféré.

J-30 : aout 2019

Les 3 premières semaines restent très chargées en km (dont un dernier big day de 5h…), et le doute fait progressivement place à l’envie d’en découdre … On a hâte d’y être, les dernières sessions à Bordeaux Lac avec les copains/copines des gigis et cie sont joyeuses, et les derniers préparatifs méticuleux (nutrition prévue le jour J, équipement, …).

J-3 : vendredi 30 aout 2019

Enfin le jour du départ pour Stockholm, avec un voyage pris en charge par la mairie de Parempuyre, Carrefour et Biocoop et l’arrivée dans cet hôtel ‘écolo’ que nous avions adoré l’an dernier, le Downtown Camper, avec ses chambres au design scandinave épuré et ses brunchs pantagruéliques, financé cette année grâce à Union Ubm Bordeaux Metropole.

J-2 : samedi 31 aout 2019

Retrouvailles le samedi avec nos 2 compères Neptuniens et les parents de Jean-Nicolas sur la très belle île de Djürgarden puis soirée en compagnie de la ‘French Delegation’ ; 2 magnifiques sweats souvenirs de plus à caser dans nos valises cabine, à peine plus grosses que les pull-buoys de certains binômes... la pression (positive) monte …mais aussi une certaine sérénité, quand on discute avec nos nouveaux amis François et Nadja ou nos meilleurs conseillers Camille et Julien.

J-1 : dimanche 1 septembre 2019

Ça y est, on entre dès 13h en ‘religion’ ou ‘dans la bulle’ ÖtillÖ avec le RDV à City Terminalen pour rallier dans les bus dédiés l’île de Djurö et l’hôtel Djurönäset. S’ensuivent la remise du package ‘puce-dossard’, l’installation dans les chambres et surtout le légendaire briefing de Mats et Michael, tellement inspirants qu’on a les poils et qu’on plongerait volontiers dans la course dès la fin du briefing à 18h … Mais ça tombe pas bien car c’est l’heure de dîner pour la moitié des binômes … On en profite pour discuter avec un binôme français composé d’un judoka et d’un tennisman, de Béthune (on perd pas le Nord, hein !), et puis vite on se rapatrie dans nos chambres pour vérifier une centième fois l’attirail du lendemain et essayer de faire dodo, le réveil est programmé à 3 heures du matin …On a jamais été aussi prêtes, et puis Michael a dit ‘every one of you a tthe starting line is a winner’ …

Jour J : lundi 2 septembre 2019

Évidemment on a pas bien dormi mais il parait que la veille de la course c’est pas grave … Petit déjeuner salé suédois, on s’applique calmement à enfourner le plus de nourriture possible, on enfile nos combis et chaussettes remplies de victuailles, et à 4h30 on se dirige vers le ferry qui nous emmène vers Sandhamm, dans une atmosphère indescriptible, où se mêlent concentration et aussi cette forme de sérénité, comme si on savait qu’à partir de maintenant on s’en remettait à la Nature…5h30, on accoste à Sandhamm, quelques photos vite fait autour du drapeau des Vieux Neptuniens apporté par les parents de Jean Nicolas et le positionnement dans le sas de départ…Pan, c’est parti !

13h31 … Vous l’aurez compris, la course en elle-même n’est que l’aboutissement de ces 400 jours de gestation … Alors oui, la météo est moins favorable que l’an dernier, il a plu toute la nuit, les cailloux glissants à la base sont encore plus glissants (c’est quoi le mot ?), et la mer n’est pas plate, y’a même de la houle et du courant (je sais, ça parait tout plat à la télé) … Nous démarrons exactement sur le même rythme que l’an dernier, et effectivement le début du parcours est rendu beaucoup plus difficile par cette météo : les premières natations se passent bien mais je sens que nos forces vives seront plus sollicitées dans l’eau (alors qu’habituellement pour nous nageuses, on s’y ‘repose’ presque), par le fait de devoir vérifier sans relâche la trajectoire et lutter contre les vagues de ¾ face … nos plus grandes frayeurs de la journée auront lieu au petit matin, vers 7 heures, où nous enchainons plusieurs chutes mémorables sur les pierres, dont Sophie garde encore les stigmates aujourd’hui … C’est l’occasion d’échanges ubuesques où après chaque chute je dis à Sophie ‘ça saigne ? non ? alors, de toute façon y’a rien à faire, ça se soigne tout seul’, en parlant d’abord de sa pommette sur laquelle elle s’est aplatie (et les mains, elles servent à quoi lui dira son mari !) , puis de son coccyx. C’est quand même plus sérieusement le seul vrai moment de doute de la journée, mais qui sera de courte durée car cette année, comme nous le diront plusieurs bénévoles qui nous reconnaitront de l’an dernier au fil de la journée, nous sommes’ strong’ (fortes)…

On digère donc ces difficultés supplémentaires et on trace notre chemin … les premiers pointages confirment que nous sommes sur le rythme de l’an dernier, jusqu’à la première barrière horaire de 9h que nous franchissons un peu avant 8h30. Les tronçons techniques qui suivent sont très importants car nous savons d’expérience que la seconde barrière horaire est difficile pour notre binôme… On s’applique, on s’entraide, sans prendre de risque, et on la franchit finalement avec 5 grosses minutes d’avance sur l’an dernier, c’est un énorme soulagement car on sait désormais que les quelques heures suivantes jusqu’à la barrière de 18h seront plus ‘tranquilles’… Les parents de Jean-Nicolas nous boostent à ce ravito, nous repartons en confiance, revigorées….

Les quelques heures qui suivent nous verront en fait plus lutter dans l’eau que sur terre où nous avançons à bonne allure (pour nous), l’enchainement de plusieurs longs morceaux dont le Pig Swim de 1400m dans des eaux à clapoteuses sont également l’objet d’échanges bizarres ‘mais si je t’assure l’île elle bouge, comme dans Lost …’ Et petit à petit, nous prenons de l’avance sur la trace de l’an dernier, jusqu’à T13, où nous arrivons à 14h45, avec une heure et quart d’avance sur le cut-off et 25 minutes sur l’an dernier, situation que nous voulions nous savons que 3h pour les 300m de nat et le semi qui suit, ce n’est pas de trop pour nous… A cet endroit précis Matt nous reconnait, nous dit que nous allons finir, et mine de rien, on commence à y croire. Pas de nouveau bobo à déplorer autre que la pommette qui bleuit joliment autour de l’œil et le coccyx douloureux, on s’alimente bien sur ce ravito, on se remémore des trucs pas sympas de 2018 sur ce ponton avant de s’élancer pour les 300m de nat précédant les 20km d’Ornö …Et les 20km sont lancés, on trottine bien, les ‘énormes côtes’ de l’an dernier nous semblent bizarrement aplaties (comme quoi, les souvenirs), on plaisante sur le fait qu’on se sent seules sans la voiture balais qui nous avaient suivies en 2018, on prend le temps (plusieurs minutes) de profiter de ce ravito ’sauvage’ avant T14, où les gens qui nous reconnaissent semblent tellement contents de nous revoir, ‘strong’ (encore ce mot) et on arrive à T14 avant 16h30.. Il nous reste donc 1h30 pour atteindre le bout de l’île d’Ornö, à 8km… Une bonne pause là aussi, les plaisanteries chaleureuses avec les bénévoles (this time, you don’t stop), Sophie fait un calinou à sa ‘sauveuse’ et c’est reparti, finalement dans l’inconnu puisque nous attaquons the last 15, les 15km qui nous auront manqué l’année dernière…

On progresse, c’est roulant, et du coup presque barbant, Sophie le fait même remarquer, comme si elle regrettait déjà les cailloux meurtriers ….Dans notre tête, on sait que si on arrive au bout d’Ornö avant 18h, plus rien ne pourra vraiment nous arrêter jusqu’à la ligne d’arrivée à Utö, je commence à dire tout doucement, ‘Sophie, on va finir ÖtillÖ’… T15 et la dernière barrière horaire est franchie à17h30, presque sans avoir marché pendant ces 20km ! A partir de là, je pense que plus rien n’aurait pu nous arrêter… il nous faut environ 10 minutes pour nous rhabiller après le semi (on sait qu’il y a 6 natations qui vont s’enchainer avec entre des portions de trails difficiles), c’est d’ailleurs à peu près la seule fois où nous voit sur le live, ce qui fera dire à mon mari ‘qu’on en a pris du temps …’ mais on s’en fout, on se dit qu’on ne prend aucun risque, qu’on va ‘finir ÖtillÖ’… Ces 2 dernières heures de course, rendues encore plus éreintantes par les 10 transitions imposées, passeront en fait très vite, un peu comme si nous étions dans du coton, à répéter, ‘on va finir ÖtillÖ’ …On marche quand c’est trop dur et je sens bien qu’on nage comme des enclumes, mais on s’en fout, ‘on va finir ÖtillÖ’ …

Enfin le dernier tronçon de nat et le Mr qui nous accueille après une énième sortie d’eau en mode crapaud et qui dit pour la 140ième fois de la journée ‘This was your last swim, Welcome to Utö, the Island of Love’, comme à la télé….Magique…. On savoure presque ces derniers km, on rayonne quand on reconnait le papa de Jean-Nicolas venu à notre rencontre au bas de la dernière côte de 600m, il trotte avec nous, on s’interdit de marcher, dignes jusqu’au bout, Yannou et Jean-Nic sont près de la ligne d’arrivée avec une pancarte fabriquée sur place ‘allez les filles’ (évidemment ça fait plus de 2 heures qu’ils nous attendent, eux …), je me souviens dire à Sophie ‘tu peux pleurer, maintenant’, et nous voilà sur la ligne d’arrivée face à Michael, prêtes à recevoir le gros câlin, 2 fois pour Sophie car c’est le tarif quand on pleure … C’est impossible et trop personnel de décrire précisément tout ce qui se passe dans nos têtes et entre nous deux à ce moment-là, sans paroles, simplement dans les gestes …

Je me souviens juste m’être dit, à un moment, ‘ça y est, on a fait ÖtillÖ, on va pouvoir passer à autre chose’…. Comme je me trompais…. 2 jours plus tard, revenue brutalement à la vie civilisée, je me suis surprise à me dire que je n’avais qu’une envie, c’était de repartir à ÖtillÖ …

ÖtillÖ, en fait, ce n’est pas ces 400 jours, ni ces 13h31, C’EST POUR LA VIE...