Roof of the world Swimrun 2017

Lac Karakul, Tadjikistan

Le Voyage

Runaway from your confort zone

Stéphane tu fais quoi le 28 Juillet?

Cette année, après avoir regardé Bleu Afghan le reportage de Loic Leferme et Guillaume Néry sur leur aventure en Afghanistan en 2003, j'ai eu une grosse envie d'ailleurs. De vraiment ailleurs. Et puis le 2 Mai, un article sur le Roof Of The World (ROTW) Swimrun est publié sur le site worldofswimrun. Je prends le temps de bien le lire, une fois, deux fois, trois fois... Bon j'ai envie d'y aller! Comme d'habitude, il me faut un copain d'aventure, le swimrun c'est au moins à 2. Je lance l'appât à Stéphane par email, il est chatouillé. Après moins d'une semaine de réflexion, on est sûr, on y va.

La première interrogation du voyage a été de déterminer comment se rendre jusqu'au Lac Karakul. Il existe deux alternatives sérieuses. La première consiste à prendre l'avion jusqu'à Douchanbe puis emprunter la Pamir Highway. Cela nous posait deux problèmes, d'une part c'est long et d'autre part cela impose de longer la frontière afghane qui reste potentiellement dangereuse. Nous avons donc choisi la seconde alternative qui consiste à passer par le Kirghizstan, pays limitrophe du Tadjikistan au nord et qui présente l'avantage d'avoir un accès rapide au lac Karakul depuis la frontière terrestre. Après une étude des vols et comme nous étions à moins de deux mois de l'événement, nous avons choisi de faire Paris -> Bishkek (avec escale à Istanbul) puis Bishkek -> Osh (vol domestique).

Osh

Nous voici donc bien arrivé à Osh après un trajet en avion sans encombre. La première chose qui surprend est la barrière de la langue, plus on va vers l'est, moins on comprend les gens et plus il est dur de se faire comprendre. Jusqu'à Istanbul aucun problème avec l'Anglais et le Français par contre après avoir décollé vers Bishkek, il ne reste que le Turc, le Russe et le Kirghize. À partir de là, impossible de reconnaître quelques mots au détour d'une phrase ou d'un panneau d'affichage. Heureusement le langage des signes nous fait approximativement comprendre. Arrivés à Bishkek, nous avons été rejoints par Polly Crathorne (kitesurfeuse anglaise professionnelle) qui se rend pour la 3ème fois à Karakul et qui va partager l'aventure 2017 avec nous. À l'arrivée à Osh, les panneaux ne sont plus traduits en anglais donc nous nous adaptons et finissons par trouver un taxi qui accepte de nous prendre à 4 avec tous nos bagages (préférer les taxis avec signe blanc qui utilisent le taxi meter et comprennent plus l'anglais). Nous finissons par arriver à notre Guest House (Zhukov's Guest House) à 8h heure locale (4h de décalage horaire avec la France) après environ 12h de voyage. Je n'ai pu dormir que 30min dans l'avion donc c'est naturellement que je m'effondre sur le lit en arrivant pour une bonne sieste réparatrice de 2h. L'après-midi nous avons prévu de visiter le Jayma Bazar d'Osh, l'une des choses à ne pas rater et qui se trouve à une dizaine de minutes de l'hôtel. La visite est effectivement dépaysante et le bazar étonnamment grand, nous en profitons pour manger sur place. Pour rentrer, nous cherchons un taxi et là encore difficile de se faire comprendre mais nous finissons par en trouver un. Malheureusement, nous sommes rapidement inquiets car nous ne reconnaissons absolument pas la route que nous empruntons. Après plusieurs arrêts et discussions infructueuses car le chauffeur ne comprend pas l'anglais et nous ne comprenons pas le Kirghize, le chauffeur et Stéphane commencent à s'énerver. On s'arrête au bord de la route et on finit par trouver quelqu'un qui connait quelqu'un qui parle anglais pour faire l'interprète. Il appelle alors notre Homestay, réussi à expliquer le chemin au chauffeur et nous voilà repartis. Nous ne sommes pas plus convaincus par la route que nous empruntons mais nous finissons miraculeusement à côté de notre guest house. Bilan de l'opération, 10 min à l'aller et 1h15 au retour. Heureusement la course de taxi coûte entre 2 et 3€ donc ça nous a permis de visiter. Il ne nous reste plus qu'à prendre un apéro bien mérité, à aller manger puis à s'endormir au son de l'appel à la prière.



Sari Tash

Après une bonne nuit de sommeil, nous attaquons le voyage en voiture direction Sari Tash (à 3200m d'altitude) pour une période d'acclimatation de 2 jours. La journée commence par un super petit déjeuner et une bonne nouvelle, le kitesurf de Polly qui était resté bloqué à Moscou lors de son voyage la veille arrive à 8h35 à l'aéroport d'Osh. Notre chauffeur Nassir arrive et nous embarquons tout notre matériel dans le Nissan Patrol, direction l'aéroport où nous récupérons le bagage manquant sans difficulté. Nassir le fixe sur le toit et nous voilà partis pour les 185km qui séparent Osh de Sari Tash. La route est de bonne qualité et nous avançons rapidement même s'il faut parfois partager avec les vaches et les troupeaux de moutons. Les paysages sont magnifiques, nous passons une première passe à 2350m d'altitude et je me sens un peu oppressé par l'altitude mais rien de gênant. Nous continuons à monter et on s'arrête dans une station-service improbable au milieu de nulle part. De gros nuages noirs s'amoncellent devant nous, il fait de plus en plus sombre et la pluie commence à tomber. Dommage pour les photos. Nous franchissons une seconde passe, officiellement annoncée à 3615m mais ma Phénix 3 n'est pas trop d'accord et annonce plutôt 3570. Après une descente rapide, nous arrivons à Sari Tash, petit village Kirghize et nous trouvons notre Homestay pour les deux prochaines nuits.


Elle est enfoncée au pied des montagnes un peu à l'écart et c'est superbe. Nous débarquons nos affaires, je suis tout content et je pars courir pieds nus dans les pentes. Évidemment, et malgré l'avertissement de Stéphane, je finis par me planter un bout de verre dans le talon gauche mais rien de grave, un peu de savon et d'eau et ça repart. Nous rencontrons deux Français qui parcourent la Pamir Highway en vélo et se préparent à aller vers la frontière Tadjike. Les nuages sont toujours là et une grosse averse commence. Elle va durer deux heures et j'en profite pour faire une petite sieste. Nous finissons par voir une éclaircie arriver et décidons de partir grimper dans les montagnes environnantes. Nous enchaînons alors les petites crêtes les unes après les autres en ne courant que dans les descentes. Le souffle est rapidement court et les jambes sont lourdes. Je n'avais jamais été à plus de 3000m d'altitude, visiblement ça ne va pas être simple. Cependant ni Stéphane ni moi ne ressentons le mal de l'altitude, c'est une bonne chose et nous continuons de monter. Il n'y a plus de chemin, même les animaux sauvages n'ont pas laissé de traces à suivre donc nous inventons le nôtre sur des pentes a plus de 15%. Un zig à droite, un zag à gauche, les talons d'Achille sifflent mais en prenant notre temps ça passe. Il commence à se faire tard et il y a toujours beaucoup de nuages qui obstruent la vue sur les alentours. Nous attaquons un dernier pic qui nous amène à 3640m d'après ma montre. Nouveau record pour moi même si au-dessus de nous se dresse un autre pic. Nous le gardons pour demain et tâchons de rentrer avant la nuit. La descente est beaucoup plus facile, nous ne sommes plus à court d'oxygène et nous courrons rapidement en faisant bien attention à nos appuis pour éviter chutes et / ou blessures. Vient alors le moment du dîner et nous partons à la recherche d'un restaurant, après un tour du village nous trouvons des panneaux d'information et assistons à la rentrée des moutons au village, scène surréaliste où les animaux choisissent eux même de séparer le troupeau en 3 suivant les chemins. Nous décidons finalement de tester un restaurant qui en plus de se révéler excellent propose également le WiFi, dernière connexion pour donner des nouvelles. Bien fatigués, nous rentrons nous coucher.

Le lendemain nous nous réveillons tranquillement, il n'y a pas un nuage à l'horizon, la vue est magnifique. Une chaine de montagnes enneigées se dresse devant nous. Après un petit déjeuner consistant, nous décidons de profiter du beau temps et partons à l'assaut du pic aperçu la veille. Delphine et Polly se joignent à nous. Je me sens beaucoup mieux que la veille, plus de douleurs dans les jambes, le souffle toujours un peu court mais bien moins. Nous montons tranquillement, Delphine s'arrête à mi-chemin pour profiter du soleil sur une crête. Nous continuons l'ascension et Polly nous racontes un peu Karakul et beaucoup ses exploits de Kitesurf aux 4 coins du monde. Nous arrivons alors rapidement sur les 3640m de la veille et j'en profite pour faire un petit sprint en côte pour faire monter le cardio. Nous commençons l'ascension du dernier pic qui s'avère bien plus compliquée que prévu, le pourcentage est très important et le pente absolument pas défrichée donc il est même difficile d'arriver à zigzaguer de façon efficace. Nous ne sommes pas très rapide pour cette fin d'ascension mais profitons de la vue et de la flore magnifique. Nous finissons par arriver au sommet et immortalisons ça avec le drapeau. 3850m, encore un nouveau record pour moi. Polly nous a suivis jusqu'au bout sans problème, elle est définitivement adoptée par sa nouvelle famille française et nous lui offrirons un polo Team Support Les Vieux Neptuniens en rentrant. La descente est encore plus compliquée que la montée au début puis la pente s'adoucit et nous rentrons tranquillement, quelques nuages sympathiques sont apparus, il nous évitent d'avoir trop chaud en plein soleil. Nous profitons de la fin d'après-midi pour nous reposer en vue du départ le lendemain matin : direction le Tadjikistan.


Nous sommes le mardi 25, c'est le grand jour, nous quittons le Kirghizstan direction Karakul. Nous arrivons rapidement au poste frontière Kirghize et nous y restons une bonne heure le temps que notre chauffeur fasse le tour de tous les bureaux et que nous soyons finalement invités à passer faire tamponner notre passeport. C'est un peu long, mais visiblement ça l'est encore plus pour les autres touristes et particulièrement les motards. Nous commençons alors la route du No Man's Land entre Kirghizstan et Tadjikistan, c'est le paradis des marmottes et nous en voyons une bonne trentaine sur les flancs de montagnes. La route est de bien moindre qualité, visiblement aucun des deux pays n'a voulu l'entretenir, il s'agit désormais d'une piste accidentée. Nous avançons donc plus lentement mais finissons par atteindre la passe à 4200m, nouveau record personnel. Nous nous arrêtons pour immortaliser notre passage devant la statue d'un mouton de Marco Polo. Nous arrivons alors rapidement à la frontière Tadjike où le contrôle des passeports est un peu plus rapide. Nous descendons alors rapidement sur Karakul et finissons par arriver à notre Homestay à l'entrée du village.


Karakul

Tellement plus qu'un swimrun

Il n'y a pas de mots pour décrire tout ce que nous avons vécu à Karakul. Je vais quand même essayer de partager mon expérience.


À notre arrivée à Karakul, nous avons rapidement rencontré les différents protagonistes qui allaient influencer notre séjour. Maja et Christopher, l'équipe de swimrunners suédois, sont très contents lorsque l'on leur annonce que notre spécialité est la natation. Ils nous demandent d'emblée si nous pourrons les aider sur les portions natation en s'encordant avec eux. Les choses sérieuses commencent et en parlant de ça nous filons au bord du lac pour vérifier la température. Première grosse surprise, en bordure l'eau est bien plus chaude que je ne pensais. Ma montre indique 15° au poignet. Nous constatons aussi qu'il y a énormément de moustiques et que nous n'avons pas forcément pris assez de répulsif. Nous rentrons au Homestay et nous faisons la rencontre d'Azamat qui nous explique le fonctionnement de la semaine et nous demande de faire un état des lieux des besoins pour le swimrun.


La semaine est en fait organisée autour de trois axes. Chaque jour a lieu à l'école du village un camp pour les enfants et les plus grands avec différentes activités. Le deuxième axe est notre swimrun et enfin le troisième est la regatta de kitesurf qui ne compte que Polly comme participante cette année. Nous acceptons alors d'aller aider pour les activités à l'école après le déjeuner. Nous voilà donc sur les bancs de l'école pour un cours d'anglais nous enchaînons sur des ateliers jeux avec les enfants et enfin participons à des matches de Volleyball (le sport national) avec les équipes locales. En fin d'après-midi nous partons pour une reconnaissance natation dans le lac afin de voir comment la température évolue quand on s'éloigne du bord. En arrivant au bord du lac, on constate une scène un peu surréaliste, il y a un 4x4 les 4 roues dans l'eau. Visiblement, ce n'est pas normal et la session de natation se transforme en session de sauvetage de la voiture. Malgré tous nos efforts et le renfort de deux autres 4x4, il sera impossible de sortir le véhicule de l'eau. Il faudra attendre l'arrivée d'un camion militaire dans la nuit pour sortir le malheureux. Nous avons quand même pu nager une dizaine de minutes et se rendre compte que l'eau est quand même un peu plus froide au large aux alentours des 13°. J'opte donc pour les manches et le bonnet néoprène en laissant les gants et chaussettes néoprènes à la maison. L'altitude ne se fait pas vraiment sentir dans l'eau, le souffle est un peu court quand nous accélérons mais rien de plus. Sur le coup de 17h30, le vent se lève fortement, les moustiques disparaissent et c'est au tour de Polly de lancer son kitesurf sur le lac. Les images sont surréelles et tout a l'air facile sur l'eau pour elle! Une bonne première journée de préparation en somme. Nous finissons par un briefing afin de déterminer le planning des futures journées en ce qui concerne les entraînements et confirmons la date du swimrun prévue au vendredi 28 juillet avec un départ à 8h00. La regatta kitesurf aura quant à elle lieu le samedi 29 avec un départ en fin d'après-midi quand le vent se sera levé.


Le lendemain nous partons tôt le matin afin de reconnaître le départ du swimrun et de trouver un point de vue sur le lac. Maja, Polly, Stéphane et moi entamons l'escalade du plus haut sommet que nous trouvons tandis que Christopher s'attelle à la création de la ligne de départ. Nous faisons une ascension rapide pour monter 330m de D+ soit à 4250m. La vue sur le lac est en effet magnifique. Nous redescendons quatre à quatre et enfilons notre matériel de swimrun afin de réaliser quelques plans vidéos puis de faire un petit enchaînement tous les 4. Tout se passe très bien, je me sens parfaitement dans l'eau qui est toujours aux alentours de 13°, la course à pied est un peu technique donc je suis moins à l'aise mais ce n'est pas un problème. Après cette reconnaissance, retour au Homestay pour un bon repas, une sieste et une après-midi partagée entre école, Volleyball et Kitesurf.


Le jeudi, veille de la course, nous avions décidé de la jouer cool et de ne pas trop en faire. Nous avons donc essentiellement consacré notre temps aux gens de l'école puis tenté une sortie natation en fin d'après-midi. Malheureusement, le vent s'est levé plus tard qu'à l'habitude et les moustiques ont eu raison de tous les courageux qui sont venus avec nous mais j'ai quand même eu le temps de donner quelques conseils à Polly au cas où elle devrait nager avec son kite. J'en ai aussi profité pour faire quelques sprints afin de voir comment réagissait mon corps. Tout répond bien, le souffle est court beaucoup plus rapidement que d’habitude mais comme je monte peu dans les tours, le retour au calme est rapide dès que je ralentis. Parfait pour la course du lendemain, d’autant plus qu’en accord avec Christopher et Maja, nous nous encorderons avec eux afin de les aider à passer les sections natation. Donc a priori pas d’accélérations violentes en vue. Nous sortons de l’eau et Polly enchaine sur une session Kitesurf freestyle, avec des sauts spectaculaires, qui nous laisse rêveur.


Après le repas, nous nous réunissons tous ensemble afin de vérifier que tout le monde est au clair sur son rôle lors de la course. Maja et Christopher montre le parcours théorique sur la carte, nous avons uniquement reconnu le départ donc pour nous c’est l’inconnu et nous resterons tous les 4 pendant la course car nous ne connaissons pas du tout le terrain et qu’il n’est pas balisé. L’organisation a prévu 2 bateaux dont l’un n’a pas encore de moteur mais qui sera là pour le début de la course « inch’Allah for sure ». La principale difficulté de ce swimrun, outre l’altitude, est le 2000m de natation pour passer sur l’île au milieu du lac. Nous prévoyons donc que les bateaux nous ravitaillent avant et qu’ils nous accompagnent durant cette traversée. Tout est en place, il n’y a plus qu’à essayer de dormir jusqu’au lendemain, départ de la course à 8h00.

Après une nuit un peu agitée, je me réveille quand même en forme et les préparatifs vont bon train jusqu’au moment où je laisse ma combi trop près du tuyau d’évacuation de la chaleur de la cuisine. Quand je reviens du petit déjeuner, c’est le drame, ma combi fume, le néoprène a fondu au niveau du cou et du bras. Évidemment je n’ai pas d’autre combi donc je décide rapidement de bricoler au maximum pour réparer les dégâts. Heureusement nos amis suédois ont de la colle pour néoprène et nous avons des chutes de combinaisons après les avoir coupées. Je fais de mon mieux et laisse sécher, il est de toute façon trop tard pour faire quoi que ce soit d’autre. Il ne reste plus qu’à espérer que ça tienne pour la course. C’est l’heure de rejoindre la ligne de départ, j’enfile la combi avec précaution, le cou tient, la manche non. Le néoprène est en train de rompre sur la longueur de la manche. Stéphane me fait alors un énorme strap à l’élastoplast pour que tout cela tienne. Je suis évidemment trop serré au niveau du biceps gauche mais vaut mieux ça et que la combi tienne en place.


Bon c’est l’heure d’y aller, tout va bien pour les autres. On se regroupe sur la ligne de départ, le drapeau flotte puis s’abaisse. C’est parti pour une course magnifique, j’arrête de penser à tous mes problèmes de matériel et je commence à profiter des paysages tout en faisant attention à mes appuis sur un terrain accidenté et technique. Physiquement je suis bien, c’est l’essentiel. Le premier tronçon de course à pied est un peu différent de ce que je pensais et nous courrons une dizaine de minutes pour à peine plus d’un kilomètre. Arrive alors le premier tronçon natation, on se met tranquillement à l’eau, elle n’est pas trop froide, c’est parfait. Grande première pour moi, Christopher s’encorde avec moi et on y va. Stéphane et Maja ont été un peu plus rapides et nous les rattrapons à la sortie. 240m, 3min13 de déplacement, ça fait mal aux bras et ce n’est pas fou mais Christopher a bien avancé et c’est mieux que de l’attendre dans l’eau froide. Nous attaquons alors un autre enchainement rapide course à pied et natation. Tout va toujours bien pour moi, Stéphane a du mal à respirer et à retrouver son rythme. On passe alors à la première difficulté terrestre avec une belle bosse sans chemin à franchir. Maja est bien meilleure coureuse que nous tous et nous avons du mal à la suivre sur ce début de pente, d’autant plus qu’il faut choisir son propre chemin. En prenant une pause dans la montée, nous constatons que le bateau de la sécurité est en détresse et rejoint la rive. Bon on fera sans ! On continue notre ascension tant bien que mal, le dénivelé s’affiche sur la montre, on passe de 3920 à 4000 sans trop de problème. La suite jusqu’au sommet à 4066m est vraiment compliquée, il fait chaud, il y a de la poussière à chaque pas, la terre et les petits cailloux se dérobent sous nos pieds. Nous faisons régulièrement des pauses pour essayer d’optimiser nos zigzags autant que possible. Pourtant notre route ressemble plutôt à un tout droit au plus fort de la pente. J’ai les talons d’Achille qui tirent mais tout va bien, j’avance par micro objectif et je suis devant alors que je n’ai pas le meilleur profil de coureur/grimpeur. Nous finissons par arriver en haut, 4066m d’après la montre, pas trop mal comme record en course. Nous entamons alors une descente rapide sur un terrain assez meuble qui amorti bien donc nous pouvons nous laisser aller sans danger.


Arrivés en bas, nous constatons que le bateau sécurité a réussi à nous rejoindre et nous en profitons pour faire notre premier ravitaillement. Ce n’est pas vraiment ce que nous avions prévu mais c’est très appréciable sur le moment. Nous repartons alors direction le gros tronçon de natation. L’eau est déjà plus froide à cet endroit, j’essaye de vérifier si ma combi tient le coup mais comme c’est dans mon dos, je ne vois rien. Stéphane me dit que tout va bien. Chris s’encorde à moi, on est rodé maintenant. J’ajuste les manches néoprènes et à l’assaut! La corde est sans doute mal mise et accroche mon pull buoy, je dois m’arrêter plusieurs fois pour le récupérer et le remettre en position. On avance bien même si ça fait mal aux bras, Stéphane et Maja vont plus vite que nous mais j’arrive à contrôler l’écart qui nous sépare. Mon bras gauche n’est pas au mieux, il gonfle avec l’effort mais l’élastoplast le serre beaucoup trop et a un effet de bord, la manche néoprène glisse dessus et plus on avance, plus elle descend le long de mon bras. Ce n’est pas trop confortable et ma montre indique 12°, l’eau est bien froide et je suis content d’avoir mon bonnet néoprène sous mon bonnet silicone. Les derniers mètres sont vraiment pénibles, la manche gauche est complètement partie et n’est retenue que par mon poignet. Le fait d’être encordé m’a également fatigué bien plus que d’habitude. C’est la première fois que j’ai plus mal aux bras qu’aux jambes sur un swimrun. Nous en finissons avec ce gros tronçon qui finalement ne fait que 1650m et que nous avons parcouru en 31min. Je suis content d’être dehors et j’essaie de prendre le soleil au maximum pour me réchauffer, j’emprunte le bonnet en laine de Polly le temps d’un ravitaillement bien mérité. Une bonne soupe chaude nous aide à reprendre des forces. Je suis très content de voir la team support au top ! Cela fait maintenant plus de 2h que nous sommes partis et je me sens toujours bien. Pas d’effet de l’altitude autre que le souffle un peu court quand il faut accélérer.

Nous voilà sur l’île du lac, il n’y a plus qu’à la traverser pour arriver au bout. C’est aussi le grand début de l’aventure puisque personne n’est venu sur l’île et nous devons donc trouver notre chemin d’après les éléments reconnus sur la carte la veille. Nous nous lançons dans une nouvelle ascension, moins abrupte et plus linéaire que la précédente. Nous nous réchauffons rapidement et avançons sereinement. On ne dépasse pas les 4000m cette fois et ça passe comme une lettre à la poste. Nous décidons de nous rapprocher du rivage pour faire une nouvelle partie natation. Je suis un peu trop optimiste et propose de viser un point trop loin. Nous raccourcissons donc, visiblement je suis le seul à vouloir nager beaucoup même si, en fait, je préfère courir au soleil que nager dans l’eau froide. Finalement le tronçon natation improvisé fait quand même 700m dans une eau mesurée à moins de 12° donc c’était parfait. Maja a voulu tenter sans s’encorder à Stéphane mais ce ne fut pas une réussite et ils ont fini par s’encorder en cours de parcours. Avec Chris, nous avons fait notre petit bonhomme de chemin même si la direction aurait pu être un peu meilleure. A la sortie, je commence à sentir la fatigue surtout dans les bras. Je n’ai absolument aucune idée d’où nous sommes sur l’île et Chris et Maja ont quelques doutes sur le point à viser. Nous contournons alors une colline par le mauvais côté. Cette partie me semble interminable, je pensais être bien plus près de l’arrivée. Je commence à en avoir un peu marre mais pas question de s’arrêter. Cela fait quasiment 2 heures que nous n’avons vu personne, le moral est un peu bas pour moi. Je demande des détails à Chris sur la fin du parcours. Nous sommes bientôt à la fin de l’île, il faut récupérer le continent, a priori nous avons fait un petit détour mais pas grand-chose. Il devrait nous rester 3 parties natation relativement courtes pour quitter l’île. Je me remotive, on y est presque. Il n’y a plus de terre devant nous, il faut impérativement nager pour rallier l’autre rive. Ça me semble long, j’estime plus de 600m. Je commence à avoir du mal à accepter d’être encorder car ça me ralentit vraiment et me fatigue beaucoup plus que d’habitude. Cependant pas le choix pour aller au bout, impossible d’abandonner nos amis suédois. Finalement la traversée fait un tout petit moins de 400m et on enchaine directement sur une autre natation qui nous fait quitter l’île.

Maja et Stéphane ont dû voir que je ne suis pas au mieux car ils proposent de changer les binômes en natation. Chris s’encorde avec Stéphane et Maja avec moi pour cette section. Nous voilà partis pour l’avant dernier tronçon de natation, j’ai l’impression de voler avec Maja, ça me fait un bien fou. Je ne vois plus Stéphane et Chris. Nous nous dirigeons vers une petite île intermédiaire qui ressemble à un tas de cailloux. Le vent s’est levé et visiblement nous sommes dans le courant car la direction est difficile notamment dans les derniers mètres où j’ai l’impression de mouliner dans le vide, tellement le rivage semble ne pas s’approcher. Grosse surprise à la sortie, nous constatons que les supporters sont là et ça fait énormément de bien au moral. Il y a tout de même quelques obstacles pour les rejoindre, l’île est bien constituée d’énormes blocs de pierres pas simples à escalader. Évidemment je prends pied sur l’un de ces gros cailloux et celui-ci cède, je me rattrape tant bien que mal non sans cogner mon tibia droit et égratigner l’arrière de ma cuisse gauche. Le sang coule mais ça semble superficiel, plus de peur que de mal donc je continue. Il faut dire que le ravitaillement est 3m au-dessus donc ça motive. Chris et Stéphane finissent par arriver et on s’interroge sur la fin de parcours. On distingue très bien les voitures et la ligne d’arrivée depuis notre position. Par contre il n’y a que de l’eau en ligne droite et nous ne savons pas si la petite île sur laquelle nous sommes est reliée directement au continent ou non. La team support nous annonce que oui et on repart joyeusement en courant.

Finalement après 20min de course, nous constatons que ce n’est pas le cas et qu’il faut bien nager encore une fois pour en finir. L’ascenseur émotionnel est un peu fort à ce moment de la course et nous prenons tous un coup au moral. Maja doute sur ses capacités à finir ce dernier tronçon natation. Je lui dis qu’il est hors de question d’abandonner à ce moment de la course et que nous finirons tous ensemble. Depuis le dernier tronçon précédent, Chris est déçu car il n’a pas nagé aussi bien qu’il aurait voulu et il annonce à Stéphane qu’il veut de nouveau s’encorder avec lui pour prendre sa revanche et faire un super dernier tronçon. Nous voilà dans l’eau, j’encourage Maja et on fait les derniers 400m sur un bon rythme. Avec la buée le sel et le soleil dans les yeux, je me trompe un peu dans la direction mais rien de grave car nous arrivons plus bas sur le sentier de course et nous récupérons Stéphane et Chris au moment de sortir de l’eau. Cette fois c’est sûr, il n’y a plus qu’à courir jusqu’à la ligne d’arrivée. Je retrouve des forces et me motive. Stéphane est un peu dans le dur après sa traversée en duo rapide, il a du mal à respirer donc nous ralentissons pour rester ensemble. De toute façon le sol est une véritable salière et nous nous enfonçons jusqu’à la cheville à chaque pas donc difficile de courir efficacement. Finalement nous nous rapprochons de la rive, le sol est plus dur à cet endroit et nous pouvons recommencer à courir d’autant que Stéphane a récupéré. Chaque pas nous rapproche un peu plus de l’arrivée, nous commençons à voir le monde qui nous attend à l’arrivée, avec des bannières de soutien, l’émotion monte. On décide de faire "un suédois, un français, un suédois, un français" pour franchir la ligne tous ensemble main dans la main. Voilà on a franchi la ligne, 5h23, 22.5km. Il parait qu’on vient d’établir un record. Pour moi, ce n’est pas le plus important, je serre fort Stéphane dans mes bras, quelques larmes plus tard, nous brandissons le trophée.


Je suis plus que content d’avoir fait cette course. Enfin non, ce n’était pas une course, c’était une aventure avec des amis. Une découverte aussi de mes propres capacités. Je n’étais jamais monté aussi haut en altitude et je savais encore moins comment mon corps réagirait à ce genre d’épreuve. Tout s’est bien passé, nous en avons pris plein la vue, plein la tête, plein le cœur. Un grand moment de bonheur partagé entre athlètes et supporters tout au long de la course. Une aventure où il a fallu s’adapter pour aller au bout et surmonter tous les obstacles prévus ou non. C’est ça pour moi le swimrun, bien plus qu’une simple compétition, un grand moment de partage avec la nature entre amis.

Finalement ma combi rafistolée aura tenu toute la course même si je m’aperçois qu’il y a des trous tout autour de mon cou. Polly me dit qu’ils y étaient depuis le début mais qu’ils avaient préféré ne rien me dire pour ne pas me perturber. Effectivement bonne stratégie, je n’ai pas eu l’impression d’avoir de soucis de ce côté-là. Désolé Orca pour avoir maltraité votre combinaison mais elle a passé avec brio ce "stress test" qui ne doit pas être dans les manuels. Après une bonne tasse de thé chaud, il est l’heure de rentrer pour un bon repas et une sieste bien méritée.


Autant le vendredi 28 Juillet 2017 était la journée des swimrunners, autant le samedi 29 Juillet 2017 est la journée de Polly qui va tenter de traverser le lac en kitesurf pour la première fois. Mais avant ça, nous commençons la journée par aider à la préparation du Pilaf pour tout le village. Nous voilà en train de trier le riz, de couper les carottes puis la cérémonie de clôture de la Regatta 2017 a lieu à midi. A l’issue de laquelle tout le monde se réunit pour partager un repas ensemble devant l’école. Magnifique moment de communion qui résume l’esprit de cette semaine magique que nous venons de passer. En vérité, notre swimrun n’aura été qu’un petit point dans une marée d’émotions. L’après-midi avance doucement et vient le moment de partir avec Polly pour le point de départ de son défi qui n’est autre que la ligne d’arrivée du swimrun de la veille. Le plan est simple, après avoir fait quelques essais de vent, elle va tenter de rallier le village. L’idée est qu’elle a besoin d’un bateau et d’un nageur pour assurer la sécurité au début de la course en cas de problème avec la voile. Je me suis donc désigné comme nageur volontaire pour être sur le bateau de la sécurité qui a connu tant de déboire la veille. Nous devons l’accompagner dans les 20 premières minutes de son run car de toute façon après elle ira trop vite et nous ne pourrons la suivre, nous devrons ensuite retourner au rivage, charger le bateau dans la voiture et rentrer. Il y a plus de vent que d’habitude donc Polly sort le Kite de 10m et se lance dans un festival de freestyle pour l’objectif de Rustem (notre photographe, pilote de drone officiel). Effectivement ces runs sont magnifiques et ça me donne presque envie d’en faire si je n’avais pas été aussi nul pour faire voler une simple voile la veille après le swimrun.


Il est temps maintenant d’y aller, Polly change de Kite pour prendre le 15m que nous le gonflons rapidement puis regagnons le bateau pour l’accompagner. Il y a beaucoup de vent, tout va très vite, elle s’éloigne de nous dans un premier temps pour aller vers l’île au loin, puis revient rapidement et nous fait signe que tout va bien. En 5min, elle a mis quasiment 1km à notre bateau. Les choses se compliquent alors pour moi, visiblement mes collègues pilotes n’ont pas compris le plan et comptent bien aller jusqu’au village, à 20 km, avec le bateau. Je tente de leur expliquer tant bien que mal que ça ne sert à rien car Polly est plus rapide que nous et que nous ne la voyons plus à l’horizon, sans parler du fait que nous ne sommes pas sûr d’avoir assez d’essence, ni même que le moteur tiendra jusqu’au bout. C’est alors que je vois la voiture, censée nous attendre, qui s’en va. Je me vois déjà gelé sur ce petit bateau pneumatique au milieu de la nuit. Finalement le pilote comprend ce que je veux lui dire et commence à faire de grands signes à la voiture qui, heureusement, nous aperçoit et s’arrête. Nous regagnons tant bien que mal le rivage et sanglons le bateau sur le toit du 4x4 puis regagnons le village à tombeau ouvert. J’avoue avoir été un peu inquiet pour Polly quand nous ne la voyons plus sur le lac. Mais tout s’est bien passé et elle est arrivée en championne au village, après tout ce n’est pas l’une des meilleures kitesurfeuses au monde pour rien. Nous arrivons exactement au même moment qu’elle au village pour assister à un grand moment d’émotion où tout le monde était rassemblé sur le rivage et scandait son nom. Quelques larmes plus tard, elle brandissait le trophée devant l’audience conquise. Les premiers adieux ont eu lieu ensuite avec une des équipes qui rentrait sur Murghab.

Ainsi s’achève notre aventure à Karakul pour la ROTW Regatta 2017, pour moi plus qu’un swimrun, sans doute la plus belle aventure humaine jusque-là. Beaucoup d’entre nous envisageons de revenir l’année prochaine pour revivre autant de belles émotions et d’essayer de faire mieux sportivement et plus pour la communauté.


En bonus, la fantastique vidéo faite par Rus


Jean-Nicolas