Notre Expérience du Swimrun de Vassivière à Silvaplana

La douleur et le froid ne sont que des informations

La genèse de notre aventure

Nos seules limites sont celles que nous nous fixons.

Chaque année un challenge

Tout a commencé en Septembre 2015, j'aime faire un défi sportif chaque année. Quelque chose qui ne semble pas facile de prime abord. Depuis quelque temps, le Swimrun trouve un écho grandissant au bord des bassins. Je suis intéressé par ce nouveau concept car en tant que nageur, je trouve que le triathlon ne fait pas assez la part belle à la natation. La promesse de courses en milieu naturel me tente également avec un côté imprévisible. Je suis scotché par l'épisode d'Intérieur Sport sur Ötillö, le coup de foudre est instantané, c'est ça que je veux faire en 2016. Je me renseigne alors sur Internet, évidemment pas question d'aller directement en Suède pour les championnats du monde. L'Engadin Swimrun aura lieu le 10 Juillet 2016, la date est parfaite pour moi, plus qu'à trouver un binôme. Je demande à mes camarades habituels des défis à la con, Yann n'est pas disponible pour cause de N2 de natation. Stéphane est partant, banco! Ni une ni deux, me voilà devant l'écran à l'heure de l'ouverture des inscriptions, je ne sais pas à quelle vitesse les places vont partir donc nous sommes dans les premiers inscrits.

Bon maintenant on fait quoi?

C'est là que les choses commencent à se compliquer un peu. Comment on fait un Swimrun? Après avoir vu et revu le reportage d'Intérieur Sport au moins 5 fois chacun et après avoir écumé le net à la recherche d'informations pratiques nous avons un semblant de théorie. Tout le monde semble avoir une combinaison Head spécial Swimrun. Visiblement tout le monde utilise un pull boy et des plaquettes. Aux pieds, les Inov-8 XTalon 190 semblent être le choix de la majorité. On commande donc une combinaison Head et une paire de XTalon chacun. Pour le pull et les plaquettes, on est nageur, pas de soucis.

  • Inscription Engadin Swimrun 2016
  • Théorie et Matériel
  • Swimrun de test
  • Motivation


Nos premiers pas

Swimrun Sang Pour Sang Vassivière



Mise en place

Dès notre inscription pour l'Engadin Swimrun, nous savions qu'il nous faudrait un galop d'essai afin de ne pas être totalement dans l'inconnue le jour J. En natation, les objectifs de la saison étaient les championnats de France Masters et les championnats d'Europe Masters à Londres. Trouver une date au milieu de ces compétitions et de la préparation n'a pas été facile mais le Swimrun de Vassivière début Juin était parfait à la fois en terme de timing et de distances proposées. La possibilité de faire deux fois la boucle est appréciable et nous amène à faire 35.4km de course à pied et 5.6km de natation avec un peu de dénivelé au milieu. C'est le format parfait pour une mise en jambe et un apprentissage express.

Nous prenons le temps de nous occuper de nos combinaisons. D'après ce que nous avons pu voir, il faut couper les manches au dessus du coude et les jambes au dessus du genou. Après avoir suivi le tutoriel YouTube, nos combis sont coupées et prêtes pour un test en piscine. C'est alors que je me rends compte que ma combi n'est pas à la bonne taille, pourtant j'avais suivi les indications au moment de la commande. La combi n'est pas assez près du corps et l'eau s'infiltre, impossible de nager dans de l'eau à moins de 16° dans ces conditions. Je décide alors de me rabattre sur la RS1 Swimrun d'Orca car j'ai déjà une combi de cette marque et je connais ma taille. J'aime ce modèle d'autant plus qu'il est déjà coupé au niveau des jambes et que les manches sont longues, ce qui me semble parfait et me convient très bien. Nous sommes rassurés par la flottaison des XTalon, j'ai l'impression de ne rien avoir aux pieds et avec le pull boy je ne ressens aucune gène. Stéphane est conquis par sa combinaison et ses chaussures.

La course

Après la mascarade des championnats d'Europe Masters à Londres, cela faisait du bien de se changer les idées sur quelque chose de neuf et plaisant sans prise de tête. Le départ de la course étant à 15h00, nous avions décidé de partir en voiture de Paris à 8h00. Ce fut un peu juste puisque nous sommes arrivés au retrait des dossards à 14h15. Nous n'avons pas eu le temps de nous poser trop de questions, on s'est équipé et on y est allé.

C'est là qu'on a fait notre première erreur, au moment de mettre les chaussures, nous nous sommes dit que ce serait mieux sans chaussettes. Nous pensions qu'elles se gorgeraient d'eau et seraient plus une gêne qu'autre chose. Nous avons choisi de ne pas nous encorder, a priori nous avons un niveau similaire en natation et en course à pied. Stéphane a préparé son pull boy comme indiqué dans le tutoriel fourni par Head. Je ne suis pas trop convaincu par cette technique, bien que ce soit la plus répandu. J'ai choisi de mettre un élastique sur mon pull boy et d'y faire passer une petite corde pour pouvoir le mettre sur l'épaule en bandoulière. Je ne sais pas trop quoi faire de mes plaquettes donc je vais les tenir dans les mains et on verra bien comment ça se passe. On enfile la combi et on passe la chasuble par dessus. On ne sait pas quel choix faire car il faut avoir la chasuble visible tout le temps donc si on veut enlever ou remettre la combi, il faut enlever la chasuble. Je n'ai pas envie de perdre de temps dans les transitions donc je met la combinaison en entière.

Arrivés au départ, nous nous frayons un chemin au milieu des autres concurrents pour ne pas être complètement derrière. C'est alors que je me rend compte que je n'ai plus ma paire de lunettes de natation que j'avais préparé dans la voiture. Je refais deux fois le trajet pour essayer de les retrouver mais elles ne sont nulle part. Tant pis ce premier Swimrun se fera sans lunettes pour moi. On se retrouve au milieu du peloton quand le départ est donné. Nous découvrons le parcours au fur et à mesure. Une première montée se présente et on maintient un rythme soutenu pour remonter sur la tête que nous n'apercevons déjà plus.

Là je me rends compte de deux choses, j'ai une gêne au niveau du talon d'Achille droit, ça doit être un petit caillou et il fait sacrément chaud avec la combi complète. En effet, le soleil tape fort à 15h00 et après une première partie ombragée, les 5 premiers kilomètres s'éternisent en plein soleil, je bous dans ma combi. Ça fait 25min qu'on est parti, je me demande où est la piscine, je suis beaucoup trop haut dans les tours alors qu'on n'est pas si rapide que ça. Ce n'est que là que je pense à ouvrir l'avant de ma combinaison, ça va déjà mieux, j'arrive à stabiliser ma respiration et mon rythme cardiaque mais je suis toujours à la limite et on a encore rien fait au vue de ce qui nous attend. Heureusement la première mise à l'eau arrive et nous doublons une bonne dizaine d'équipe avant même de commencer à nager. Nous partons pour 470m, ça me fait le plus grand bien mais je manque de lucidité et il y a des équipes partout dans l'eau. Stéphane ne suit pas la même route que moi dans l'eau, tant pis on se retrouvera à la sortie. Nous doublons beaucoup de monde dans l'eau malgré la faible distance, je suis un peu étonné mais ça regonfle mon moral qui était en berne jusque là.

On est beaucoup mieux sur la deuxième course à pied et on arrive rapidement sur la deuxième natation. Un peu trop rapidement même je ne scratche pas correctement l'avant de ma combinaison et ces 670m sont un calvaire pour moi car j'ai une grosse boule d'eau sous le ventre. Je n'arrive pas à suivre Stéphane alors que je devrai être devant, j'essaye de rester calme et d'avancer du mieux que je peux avec ce poids supplémentaire. J'ai l'impression d'être le bibendum Michelin. Encore une fois nous ne sommes pas restés ensemble sur la partie natation, la faute au nombre d'équipes que nous avons du doubler et à mon manque de concentration suite au problème d'eau dans la combi. J'ai vraiment l'impression d'être un débutant qui fait n'importe quoi. Stéphane m'attend à la sortie, je suis 10 secondes derrière. On part sur les 4300 de course à pied et on fait un premier bilan. On court pas mal, il faut qu'on arrive à rester ensemble en natation et qu'on soit plus concentré pour ne pas faire d'erreurs stupides qui nous font perdre du temps pour rien. Arrive le premier ravitaillement, nous voulons aller trop vite, on ne prend pas le temps et on ne boit pas assez. On est pourtant parti depuis 10km et il aurait fallu faire un peu plus attention à ce ravitaillement. Nous le paierons plus tard.

Nous nous engageons sur la deuxième partie de la boucle qui comprend la bosse. Nous sommes bien et nous essayons de courir. Cependant nous constatons rapidement que cela monte bien plus que nous l'avions anticipé. Encore une mauvaise gestion de notre part, on a attaqué trop fort au début et on y a laissé de l'énergie qu'il nous manque pour finir la montée. On se refait la cerise dans la descente et nous doublons enfin une équipe en course à pied. Jusque là nous doublions uniquement en natation avant de nous faire rattraper sur la course à pied. Nous finissons la première boucle autour de la dixième place en approximativement 2h35 (nous n'avions pas pris de montre). Nous profitons du ravitaillement pour prendre le temps de boire et de s'alimenter. Nous décidons également de voir comment vont nos pieds. Et là c'est le drame, sans chaussettes, et avec les frottements nous avons des cloques ouvertes sur les talons et les orteils. Tant pis, on vide les cailloux et on repart pour un tour. Il aurait sans doute était plus sage de ne pas faire la deuxième boucle mais ni Stéphane ni moi n'osons dire stop à l'autre. Nous sommes restés au ravitaillement une bonne dizaine de minutes et nous sommes le 12è binôme à partir sur une deuxième boucle.

Nous savons qu'il y a deux binômes à moins de 5 minutes devant nous et qu'ils nagent moins vite que nous. En plus nous connaissons déjà le terrain donc nous gérons très bien les deux premiers enchaînements et nous sortons de la natation avec moins de 15 secondes de retard sur le binôme devant nous. Je suis bien, je ne pense qu'à rattraper les équipes de devant sans toutefois nous mettre trop dans le rouge. Cependant le 4300 qui nous attends va nous être fatal. Stéphane est moins bien que moi, il commence à avoir des crampes et il se tord la cheville sur une racine. Nous décidons alors de gérer jusqu'à l'arrivée afin de ne pas se blesser. Nous payons également la mauvaise gestion des ravitaillements. Nous étions arrivé un peu trop la fleur au fusil et nous n'avions pas vraiment anticipé ce qui nous attendait. La partie course à pied est longue et nous avons soif. Nous arrivons au premier ravitaillement et nous prenons enfin le temps de bien le faire. Mais c'est trop tard, il faut au moins 20 minutes pour assimiler tout ça. Nous décidons alors de marcher jusqu'à la prochaine mise à l'eau afin de pouvoir finir sereinement. Le vent se lève, la nuit commence à tomber, il fait plus froid désormais et on n'ouvre plus la combi. Sur le dernier ravitaillement solide, nous prenons le temps de discuter avec les bénévoles, la lucidité est là, nous sommes juste fatigué.

Le manque de préparation se fait sentir. Stéphane est dans le dur mais je ne suis pas bien mieux. Nous avons abandonné l'idée de gagner des places et nous regardons derrière si ça revient. Nous avons une marge confortable qui nous permet de gérer les parties course à pied. Maintenant que nous sommes seuls dans l'eau nous arrivons à rester ensemble. Stéphane commence à avoir vraiment froid, il ne se sent pas bien sur la dernière natation. On finit au petit trot en 6h09, le temps n'a que peu d'importance mais la course est pleine d'enseignements pour le futur. Un bon pâté et du fromage nous attendent à l'arrivée et nous les dévorons avec la satisfaction d'avoir fini. Il fait vraiment froid à l'arrivée et nous ne pouvons resté mouillés trop longtemps. On file à la voiture, nos pieds sont ouverts et saignent, ce n'est pas très agréable. On met le chauffage à fond et on se change. Direction l'hôtel, malheureusement à 21h30 dans la Creuse les restaurants sont fermés. Tant pis, quelques bières et cacahuètes plus tard c'est l'heure du repos.

Le bilan

Finishers

On a fini les deux boucles, ça reste quand même une satisfaction pour une première surtout quand je ne me voyais pas finir au bout de 25 minutes.

Esprit d'Equipe

On avait choisi de ne pas s'encorder, pour la course à pied il n'y a pas eu de problème. Par contre en natation, il faut être beaucoup plus vigilant, nous ne sommes pas suffisamment restés ensemble.

Ravitaillement

Nous n'avons pas fait assez attention aux ravitaillement et nous l'avons payé cher avec un manque de carburant au 3/4 de la course. La gestion de la chaleur est également compliquée, il faut savoir ouvrir voir enlever la combinaison quand il fait trop chaud.

De l'importance des chaussettes

Ne plus faire de Swimrun sans chaussettes, nos pieds blessés vont nous empêcher de s'entrainer pendant quasiment un mois.

Matériel

La gestion du matériel a été bonne, nous n'avons eu aucun problème que soit avec la combi, le pull ou les plaquettes.

Rester humble

Nous sommes beaucoup moins confiants pour Engadin. Nous manquons clairement de préparation et le Swimrun n'est pas une formalité, il faut un réel investissement dans chaque composante de la course pour ne pas perdre du temps précieux.

L'objectif

Ötillö Engadin Swimrun

Jeudi 7 Juillet 2016 : Le grand départ

Ça y est tout est derrière nous, pas question de reculer, il faut y aller maintenant. Devant les challenges de l'Engadin Swimrun, l'altitude, l'eau froide, les variations de température, le vent... Nous avons choisi d'arriver bien avant la course afin de s'habituer aux conditions et de prendre le temps de se mettre en condition. Le défi qui nous attend est immense et cette fois nous avons essayé de ne rien laisser au hasard. Nous avons loué un appartement à Surlej (1800m d'altitude) et le premier challenge a consisté à trouver le meilleur moyen pour s'y rendre sans y laisser trop d'énergie. Prendre l'avion n'est pas vraiment une possibilité car l'aéroport le plus proche n'est pas si proche que ça. Pour le train, il faut changer 3 fois et c'est plus long que la voiture. Ce sera donc la voiture et mes parents nous accompagne. Le voyage se passe bien et nous voilà à destination au bout de 10h. Nous profitons de la soirée pour faire un petit tour dans Surlej. Nous montons au téléphérique en marchant, on transpire et on respire fort, ce n'est pas très rassurant. Nous mettons ça sur le coup du voyage et de l'altitude. En consultant les prix des restaurants, nous sommes contents de disposer d'une cuisine et d'avoir emmené 3 kg de pâtes. Nous profitons d'un bon repas devant la demi finale de l'Euro France-Allemagne. Les commentaires suisses nous changent et c'est une bonne chose.

Vendredi 8 Juillet 2016 : Les reconnaissances

Après une bonne nuit de sommeil et un petit déjeuner consistant, nous voilà en combinaison afin d'aller nager. Je pense qu'il faut que nous y allions au moins une fois par jour afin de s'habituer au froid. Nous décidons de faire un petit tour de course à pied avant de se mettre à l'eau. Nous montons jusqu'au téléphérique avant de descendre sur le lac où aura lieu le plus long tronçon de natation qui fait 1400m. Nous sommes beaucoup mieux en course à pied, ce qui nous rassure un peu. Comme on pouvait s'y attendre l'eau est froide (on ne saura jamais la vraie température mais nous l'estimons entre 13 et 14°C) et nous faisons 600m avant de partir en courant sur le dernier tronçon course à pied pour voir l'arrivée. Nous revenons au lac pour faire un 2x300m, ça va déjà mieux, j'accélère dans l'eau, tout va bien. Stéphane semble moins à l'aise, il est serré par le top qu'il a mis sous sa combinaison. Nous avons pris le temps de régler les petits détails pour la nage en eau libre. Stéphane étant un peu plus lent, il partira devant sur chaque mise à l'eau et je m'occupe de la direction. Je me placerai à sa gauche comme ça il peut me voir à chacune de ses respirations. Il faut également que je fasse attention à bien prendre l'information pour vérifier qu'il me suit toujours.

Pendant l'après midi nous avons décidé d'aller reconnaître le départ avec sa première montée dont tout le monde dit le plus grand bien. Nous tombons alors sur Séb un pote de natation de Bordeaux et sur Tom et Elfie le binôme français de l'Intérieur Sport. On part en reconnaissance ensemble dans la montée, je partage quelques souvenirs avec Séb. Tom et Elfie nous donnent de précieux conseils. La montée est effectivement technique et on ne pourra pas courir dedans Dimanche. Comme dit Séb : "les derniers kilomètres de La Rhune sont faciles à côté". Il fait incroyablement chaud dans nos tee shirt alors que le fond de l'air est frais. A mi pente, nous décidons de continuer alors que les autres font demi tour. Sur la fin, la pente est moins forte, il y a même quelques portions plates. Nous attaquons alors la descente qui se révèle au moins aussi technique que la montée. Nous ne pourrons pas courir très vite dedans. Stéphane doit faire attention à sa cheville et ça ne sert à rien de se blesser dans la première heure de course quand il en reste 7 derrière. Nous arrivons au lac de la première natation en 1h35, le timing fourni par les organisateurs indique que les plus lents y passent en 1h05 lors de la course. Nous ne pensons pas être capable de le faire lors de la course au vu de ce que nous venons de faire. La bonne nouvelle vient de la température de l'eau qui n'est pas plus fraiche que dans le lac où nous avons nagé le matin. Nous finissons la boucle course à pied pour revenir au point de départ. Pas de difficulté en vue, on pourra lâcher les chevaux après la première natation.

Samedi 9 Juillet 2016 : Dernière mise à l'eau et briefing

Nous avions prévu d'aller nager tôt pour essayer de se rapprocher des conditions de la course du lendemain. Finalement on a fait les marmottes et on finit le petit déjeuner à 9h30. On se prépare et direction le lac pour continuer l'acclimatation. Aujourd'hui on se fait le 1400 pour voir et un peu de course à pied. Ca suffira, pas la peine de vouloir trop en faire. En arrivant au lac, on constate que le Sprint est en train d'avoir lieu. On croise quelques binômes et on se met à l'eau non loin de leur sortie. Mon top Underarmour Superman fait fureur. Nous faisons la traversée en sens inverse, nous sommes interrompus par le bateau de la sécurité qui pensait que nous étions des concurrents du sprint égarés. Après les avoir rassuré, on continue. Le froid ne pose pas de problème, je suis super bien dans l'eau. Stéphane est toujours trop serré au niveau de la poitrine, il a besoin de pauses pour reprendre son souffle. Ca m'inquiète un peu pour le lendemain mais nous verrons bien et je ralentirai dans tous les cas pour rester avec lui. Pas aujourd'hui par contre, je fini par un 200 à fond pour voir comment réagi le corps et tout va bien. Nous rentrons en trottinant.

Direction la ligne d'arrivée pour le retrait des dossards et le briefing, l'appréhension grandit. Ah bon on a numéro de dossard? Ni Stéphane ni moi ne sommes capable de nous en rappeler. Pas grave, il n'y a personne donc on consulte toutes les listes et on se trouve facilement. Nous récupérons un sac avec la puce et les chasubles. Seul petit couac, l'organisation n'a qu'un seul bonnet floqué Ötillö et l'autre est juste rouge uni. Problème de livraison, on ne leur en veut pas, ils sont quand même au top. En attendant le briefing, on fait les achats compulsifs d'avant course à la boutique officielle. Il faut bien marquer le coup! Je suis content de croiser des connaissances et de pouvoir être avec eux pour écouter les différents discours. Le premier intervenant est le représentant de la ville de Silvaplana, il nous gratifie d'un discours en allemand auquel je ne comprend strictement rien. Il enchaine en Anglais mais ça ne dure même pas le quart avant qu'il ne passe le micro à Mats. Les choses sérieuses commencent, il y a du monde sous les tentes. Tout le monde est content d'être là. Mats nous préviens tout de même que nous ne finirons pas tous la course. La température de l'eau n'est qu'une information et nous n'avons pas besoin de l'avoir!

Voilà c'est fini, demain à 6h47 le bus passe nous chercher à Surlej. Dernière inspection du matériel, l'appréhension est là. Demain ce sera long et dur, j'ai peur de ne pas aller au bout mais on est deux et on est pas venu pour abandonner. Je n'arrive pas à trouver le sommeil, Stéphane ronfle. C'est bientôt 5h30? Aller je fini par m'endormir la tête pleine de questions.

Dimanche 10 Juillet 2016 : Le grand jour

Après une nuit mouvementée pour Stéphane comme pour moi, le réveil fini par sonner. La boule au ventre est là, comme à chaque grand rendez vous pour moi. Il faut quand même essayé d'avaler quelque chose au petit déjeuner, la journée promet d'être longue. Il est encore tôt mais nous avons les yeux bien ouverts. Derniers points avec les supporters pour convenir des endroits où ils viendront nous voir. Derniers regards sur la carte, là on fera ça, là on fera ci... Comme tout bon plan, tout volera en éclat dès que le départ sera donné. On prend le bus, il ne s'arrête pas à Silvaplana. Parfait nous sommes les premiers au départ, on peut profiter des toilettes sans trop faire la queue. On active la puce, tout fonctionne comme prévu. On s'enduit le cou de vaseline. Une photographe adore mon top Superman et on fini sur le Facebook officiel. Il faudra effectivement être en mode supermen pour finir aujourd'hui. Il fait frais à l'ombre en attendant le départ. Stéphane opte pour ne pas mettre le haut de la combinaison. J'opte pour le haut mis mais l'avant ouvert. M-10, tout le monde rentre dans l'aire de départ. On ne lutte pas pour être devant, on a prévu de partir à notre rythme.

8h00m00s : Jour J Heure H Minute M Seconde S. Le départ est donné, tout va très vite. Devant ils sont déjà loin. On est bloqué sur le petit chemin car tout le monde ne passe pas de front. Pas grave 5 secondes de perdu. On court, je ne sais pas encore si je suis bien ou non. On double un petit peu sans forcer. Passage au premier kilomètre en 5m31 à la montre. On est trop rapide, Stéphane acquiesce mais ne ralenti pas. Je peux suivre donc pas de problème. On arrive sur la montée, comme prévu, nous serpentons les uns derrière les autres. Quelques rares équipes remontent de l'arrière en courant, nous les laissons passer.

La montée se passe bien mais il fait plus chaud que prévu. J'ai l'impression de revivre Vassivière, j'ai trop chaud, je respire trop fort, mon cœur commence à monter. Cette fois je ne répète pas l'erreur et j'enlève le haut de la combi. En fait il fait aussi chaud à 8h00 du matin que lors de la reconnaissance de Vendredi à 16h00. On garde un bon rythme dans la montée, je regarde le chrono de temps en temps et tout va bien. On est largement en deçà de nos prévisions. Il ne faut pas faire n'importe quoi. Je ne suis pas au mieux mais je ne suis pas non plus à la limite, je me concentre pour rester dans les clous. On arrive sur la partie plus plate, certaines équipes décident de courir rapidement, nous contrôlons prudemment. On arrive en haut et on aperçoit les premiers qui sont déjà dans l'eau, voir déjà sorti pour certains mais je n'en sais rien et ça n'a pas d'importance. On gère la descente, je récupère bien et on arrive sur la première natation au bout de 1h05. Impensable mais on l'a fait. Je suis content. Stéphane est plus rapide que moi pour se mettre à l'eau, je le rejoins et on avale les 270m rapidement. Il a fait chaud pendant la montée, nous buvons tous les deux des petites gorgées d'eau du lac qui nous font le plus grand bien. Après la course nous apprendrons que tout le monde l'a fait.

Nous voilà sortis de l'eau et prêts à foncer vers le premier ravitaillement. Il y a tout de même un petit talus pas simple à monter pour rejoindre le chemin principal depuis la sortie de l'eau. Visiblement certaines équipes n'étaient pas au courant et nous avons droit à un beau "Poussez-vous du milieu si vous n'avancez pas". Merci d'avoir suivi les consignes de sportivité données au briefing. Nous ne sommes pas là pour nous prendre la tête donc nous montons rapidement et continuons notre course sur un bon rythme. On est bien tous les deux et nous rallions sereinement le ravitaillement. Pas question de faire d'erreur nous prenons 5 bonnes minutes pour bien s'hydrater en alternant eau et boisson énergétique, il n'y a pas de solide mais nous n'en ressentons pas le besoin. En reprenant la course, nous rencontrons notre premier pépin. Pour récupérer le chemin, il faut passer entre les deux bâtiments d'une ferme. Visiblement sur la droite il y avait en encadrement avec une planche au niveau de la tête. Stéphane est devant, la voit au dernier moment et me prévient en se baissant. Malheureusement je le suis de trop près pour pouvoir faire quoi que ce soit et en une fraction de seconde, le dos de Stéphane se transforme en planche de bois que je ne peux éviter. Je m'en sors un peu sonné, le front et le nez égratignés mais rien de grave. On peut repartir.

Nous quittons désormais les lieux que nous avions préalablement reconnu, il est temps de faire appel à sa mémoire pour savoir ce qui nous attend. A priori pas de difficultés avant la deuxième natation. C'est effectivement le cas. Après les 550m dans l'eau nous rallions sans encombre le 2è ravitaillement. Nous avons bien remonté en natation, en course à pied nous maintenons l'écart sur la plupart des équipes. Par contre sur les ravitaillements et les transitions nous sommes plus lents. Notre classement évolue peu et on reste autour de la 80è place. Nous nous engageons alors sur la deuxième difficulté de la journée, ça monte bien et le chemin est niquel. Nous ne courrons pas mais marchons à une bonne allure qui nous permet de remonter quelques équipes parties devant nous. Dans la descente on se sent pousser des ailes et on attaque un peu, il faut raison garder avec la cheville de Stéphane mais on se fait quand même plaisir. Nous lâchons le petit groupe dans lequel nous étions et remontons encore des équipes. La première grosse partie de natation se profile devant nous avec une arrivée sur Sils et la présence de nos supporters que nous pourrons voir pour la première fois depuis le départ. Il y a du vent, la plupart des équipes déjà dans l'eau prennent le courant et se font déporter. Personne sur la trajectoire idéale, je me charge de la direction et nous remontons encore beaucoup d'équipe. Dans l'eau tout va bien, Stéphane est à côté de moi. Après la dernière session d'hier, j'avais des doutes mais là je le trouve au top. Je me dis qu'il faut que je le félicite à la sortie de l'eau. Nous arrivons à la sortie de l'eau et là je me rends compte que quelque chose ne va pas. Stéphane a du mal à se relever, certes il y a des cailloux glissants au fond mais quand même. Il me dit qu'il a souffert et qu'il a des crampes dans les ischios. Je ne comprends pas, d'habitude les crampes apparaissent en course à pied et plus tard. Là il est trop tôt pour le coup de mou que l'on a habituellement. Stéphane retrouve sa famille juste à la sortie de l'eau. Il arrive à marcher ça a l'air d'aller un peu mieux. Nous repartons et très vite je me rends compte que ce n'est pas le cas. Stéphane grimace, il ne peut plus marcher et on doit s'arrêter pour qu'il étire ses crampes. Il s'excuse et je lui dis que ce n'est pas grave, qu'il faut qu'il prenne le temps de bien s'étirer pour pouvoir repartir dans de bonnes conditions sans quoi nous ne pourrons jamais finir. Ça commence à aller mieux, tant pis pour le temps perdu. Nous essayons de trouver la cause des crampes dans l'eau. Peut être que nous avons trop donné dans la dernière descente. D'autre part, Stéphane est toujours gêné par son top, vu la température plus que clémente il paraît judicieux de l'enlever et de le laisser. Il me dit aussi qu'il a peur que son pull parte et qu'il sert fortement les cuisses pendant la natation. Les crampes doivent venir de là, le pull tient tout seul, pas besoin de serrer. D'autant plus que même avec les chaussettes, nos chaussures ne sont pas lourdes.

Mes parents sont à 300m de nous et assistent à notre arrêt au bord du chemin. Ils s'inquiètent de voir Stéphane plié en deux mais nous finissons par repartir et les retrouvons. Beaucoup d'équipes nous on doublé sur ses entrefaites et nous marchons péniblement jusqu'au ravitaillement qui n'est plus très loin. C'est le début de l'alternance des coups de moins biens. Stéphane est dans le dur et je suis bien. Je sais aussi que c'est passager et qu'à un moment ce sera mon tour d'être dans le dur et j'espère que Stéphane se sera refait la cerise pour me pousser à avancer. Après le ravitaillement nous nous engageons sur la 3è difficulté, dès le début ça monte fort. Sur la côté droit du chemin il y a une corde pour s'aider, nous ne faisons pas prier pour l'utiliser. La pente s'adoucit lentement et nous pouvons repartir sur un bon rythme. Personne dans le rétro, nous nous concentrons sur les équipes devant pour revenir au contact avant la prochaine natation et reprendre un peu des places perdues. Nous descendons bien, vite mais pas trop et toujours prudemment. Il doit bien y avoir 1 km pour rejoindre la mise à l'eau. On ralenti à 500m de la cible pour remettre les combis. C'est le tournant de notre course, la fermeture arrière de ma combi reste dans les mains de Stéphane. Je suis dépité mais je me dis tout de suite que ça aurait pu être pire, ça aurait pu être l'avant. Il reste le scratch en haut pour tenir un peu le dos, je ne devrais pas trop stocker d'eau et même si l'eau est froide ça devrait passer. Mes parents sont présents à la mise à l'eau, je les rassure en disant que ça va aller et qu'on se voit de l'autre côté. On devrait passer avant le cut off à Silvaplana. On part sur la natation, je rappelle à Stéphane de ne pas trop serré son pull avec les cuisses. Il y a 630m et j'espère boucler ça rapidement pour ne pas trop subir le froid avec ma combi cassée.

Dès le début j'ai l'impression que l'eau est plus froide que dans les lacs précédents, en même temps nous sommes dans le plus grand lac de la vallée. Il n'est pas impossible qu'il soit vraiment plus froid. La bonne nouvelle c'est que je ne prend pas d'eau sur l'avant de la combi, cependant j'ai une circulation d'eau au niveau du dos et ce n'est pas très agréable d'autant que j'en stocke au niveau des hanches renforçant la sensation de froid. Je suis un peu énervé mais je m'efforce de rester calme et lucide. Il faut qu'on nage ensemble, je ne peux partir seul devant. Je vérifie toutes les deux respirations où est Stéphane, ça va il suit bien et je ne le vois pas fléchir. J'ai froid, je pourrai aller plus vite mais je ne veux pas imposer ça à Stéphane, il donne déjà tout pour rester avec moi. On arrive sur la rive et je me réchauffe rapidement. Le ravitaillement est là, on peut souffler. Mais pas trop, la plus grosse difficulté de la journée nous attends, la dernière grosse partie de dénivelé positif, notre col hors catégorie du jour. Nous faisons attention de bien boire et de manger. On nous a promis de la saucisse sèche aux ravitaillement mais nous n'en avons pas encore vu la couleur. Nous ne l'avons sûrement pas encore méritée, challenge accepted! Stéphane n'est pas serein sur les deux cut off qui arrivent. Je fais un calcul rapide, on devrait avoir 20min d'avance sur le premier, ce qui nous laisserai 1h05 pour faire 1400m dans l'eau et courir 2400m. Je suis confiant même si la perspective du 1400 dos ouvert ne m'enchante guère mais pas question de tergiverser, on y va. La pente est abrupte dès le début, c'est même difficile de marcher. On arrête de regarder vers le haut, c'est trop déprimant et ça donne envie de s'arrêter là. Des touristes randonneurs nous doublent, c'est dur. J'ai rarement vu des pentes aussi ardues. Je ne suis clairement pas entraîné pour ça mais ça passe au mental. C'est dur maintenant mais c'est la dernière difficulté et après ce sera plus simple. Nous arrivons sur une partie plate et nous nous demandons s'il reste du dénivelé positif ou si l'on a tout fait car tout de même ça montait fort depuis le début. On prend notre courage à deux mains et on se remet à courir, nous sommes bien tous les deux. Je crois que c'est la dernière fois que nous sommes bien en même temps. La descente passe bien, nous doublons encore des équipes. Arrivée en bas, nous reconnaissons le sentier menant au château de Silvaplana, à notre lac d'entrainement et au cut off. Je regarde la montre, nous sommes allés plus vite que mes estimations, nous devrions avoir 30 min d'avance sur le cut off. Comme d'habitude, nous ralentissons l'allure en vue du ravitaillement et de la mise à l'eau. Finalement nous y sommes avec 35 min d'avance, tous les voyants sont au vert à part ma combi mais j'essaie de ne pas y penser. Nous avons fait ce 1400 hier et j'étais vraiment bien. Nos supporters sont là pour ce ravitaillement et nous y trouvons enfin la saucisse sèche. J'en profite bien comme il faut tout en buvant pour l'hydratation car il fait plus de 25° au soleil et que le vent s'est levé donc on ressent moins les pertes hydriques. Stéphane est vraiment plus rapide que moi pour se mettre à l'eau, sans doute mon inconscient qui ne veut pas y aller! Il en profite pour jouer dans l'eau. Je le rejoins finalement et en avant.

Encore une fois la navigation semble être un problème pour pas mal d'équipe. Tout le monde semble viser la bouée à droite mais il vaut mieux serrer au plus possible l'île à gauche. C'est ce que je m'efforce de faire et nous ne croiserons personne dans l'eau, doublant les équipes au loin. Dans un premier temps je ne ressens pas trop les effets du froid et c'est très bien. Je garde un œil sur Stéphane, hier il m'a dit qu'il aurait besoin de faire des pauses au milieu pour reprendre son souffle. Ça m'inquiète car je n'ai pas envie de rester statique avec le dos ouvert. Tout va bien, sans son top, il respire beaucoup mieux et n'aura pas besoin de pause. Nous gardons le rythme, je suis heureux tout seul dans ma tête, je sens la montre vibrer. Parfait un kilomètre de fait, plus que 400m. Petit à petit je me rend compte que je ne sens plus mes jambes, je me force à faire des battements pour vérifier qu'elles sont toujours là. Le froid commence à m'attaquer sévèrement, j'ai du mal à rester lucide. Je me concentre sur la direction et sur Stéphane pour qu'il reste avec moi. Il a aussi l'air d'avoir un coup de moins bien. Ça ne m'arrange pas, j'aurai voulu relancer pour me réchauffer et finir plus vite. J'ai de plus en plus froid, ça défile dans ma tête mais pas question d'abandonner, on est de plus en plus proche du bord. Les 200 derniers mètres sont un calvaire, je suis transi de froid. Tant pis j'accélère, je ne peux pas rester plus longtemps dans l'eau. Je distance Stéphane de quelques mètres mais nous sommes au bout donc pas de soucis. Je fini par sortir de l'eau, j'ai la tête qui tourne, je ne sais plus où j'habite. Mon père est là pour nous encourager. Il y a un ravitaillement bouillon chaud à la sortie de l'eau. On me tend un verre, je le prend mais je tremble tellement que seul un quart du contenu finira dans ma bouche. Je prends un deuxième verre et c'est encore pire. L'ischio de Stéphane siffle de nouveau, nous repartons en marchant. Je ne suis toujours pas réchauffé, je fais des pompes sur le bas côté. Ça va un peu mieux mais j'ai encore froid. Je ne suis plus lucide du tout, je suis en mode automatique voir en mode survie. Mon corps est concentré sur une seule tâche : se réchauffer. Stéphane et mon père essaient de me parler et je réponds comme je peux.

Nous avançons en marchant, il ne faut tout de même pas trainer car les 2400m avant le prochain cut off ne vont pas se faire tout seul. Je me reconcentre là dessus, devant nous un léger faut plat se profile et permet à mes muscles de reprendre du service progressivement ce qui me réchauffe lentement mais sûrement. Arrivé en haut, nous recommençons à courir, je vais beaucoup mieux. Stéphane va bien, il m'encourage et me dit que c'est moi qui donne le rythme. Je fais ce que je peux, mon père court un peu à nos côtés. Ça fait du bien un peu de support dans les moments difficiles. Finalement nous arrivons avec 30min d'avance au cut off. Je suis complètement rétabli même si j'ai perdu pas mal d'énergie et que le froid m'a fait mal au ventre. Ce cut off et à l'intersection de la boucle vers St Moritz donc nous croisons des équipes qui en finissent. La course est plus calme maintenant, nous devrions mettre aux alentours de 8h00. Nous croisons un binôme français sympathique et nous apprenons que l'un d'eux est journaliste à lequipe.fr. Nous nous mettons en route vers le lac de Saint Moritz et ses 1200m de natation. A peine réchauffé, il faut replonger et ça c'est dur dans la tête. Heureusement nous longeons le bord donc l'eau est moins froide qu'au centre. J'essaie de rester le plus près de la berge possible sans oublier Stéphane sur ma droite, il ne faut pas que je l'enferme. Je ressens moins les effets du froid mais il ne faut pas traîner tout de même. Là encore je fais un peu de battement pour garder mes jambes en vie. La sortie de l'eau s'approche, Stéphane est toujours là. Nous avons encore doublé pas mal d'équipes. A la sortie de l'eau, ça fait plus de 6h00 qu'on a commencé la course, la fatigue est là mais tout va bien. On enchaine sur 1400m de course et 550m dans un lac petit et qui sent fort la vase mais qui est chaud. J'essaie de ne pas boire la tasse, c'est une formalité après tout ce que nous avons fait. Nous trouvons un ravitaillement à la sortie de ce lac. Là encore de la saucisse sèche, top! On en profite, il reste un dernier cut off mais il est facile celui là quand on a passé les deux autres donc je ne me fais pas d'inquiétude.

Après le ravitaillement, je consulte la carte et je vois qu'on attaque un tronçon course à pied de 8.3km avec un ravitaillement à 3km. Ça nous met un petit coup au moral d'autant que 130m de dénivelé positif sont annoncés. Une paille au vu de ce que l'on a déjà fait mais on est cuit et on marche, tant pis si ça revient derrière. On est revenu autour de la 80è place, ça nous satisfait. De toute façon on ne peut pas aller plus vite, on est au bout de ce que l'on peut faire. Je repense à chaque fois que l'on s'est demandé si on passerait les cut off. Ça ne sert à rien tous ces calculs finalement car on donne déjà tout et on ne peut pas aller plus vite sans risquer l'abandon à chaque racine ou virage. Nous commençons à avoir faim, je dévore les barres bananes que nous avons depuis le départ. J'en mange trop et sans prendre le temps de bien respirer. Je suis dans le dur, j'ai mal au ventre pendant 30 bonnes minutes. Stéphane est bien et se moque gentiment de moi en disant qu'il a enfin réussi à me coucher. On attaque la descente sur les derniers 400m de natation, je vais beaucoup mieux et je passe devant. Arrivés au bord de l'eau, nous retrouvons quelques équipes qui sont dans le dur aussi, visiblement ils n'ont pas très envie d'y aller. Il reste 3km à pied après cette natation, ça sent l'écurie, je suis remonté à bloc. On dépasse les hésitants et j'envoie un peu sur la natation, Stéphane suit comme il peut. On sort de l'eau rapidement, on retrouve le bouillon à la sortie de l'eau. Je n'en prend pas, il reste moins de 20min de course, ça ne sert à rien. Par contre Stéphane en prend deux verres. Il n'arrivera pas à les digérer, il a envie de vomir, impossible pour lui de courir les derniers kilomètres. Il est vraiment dans le dur et ne peut pas se battre quand on se fait doubler. Tant pis, il faut rallier l'arrivée. En moins de 2km, les états de chacun se sont complètement inversés. J'ai envie de galoper jusqu'à l'arrivée et de donner tout ce qu'il me reste. Stéphane aussi a envie d'y aller mais il ne peut pas, il est trop mal. On marche alors comme des âmes en peine au milieu des kitesurfeurs. On se fait doubler par au moins 5 équipes. Dont deux dans les derniers 200m entre le Time 10 et le Finish. Mais ce n'est pas grave, on est au bout, c'était l'objectif. Notre classement et notre temps sont anecdotiques, nous avons vécu notre aventure à deux sans jouer quoi que ce soit sinon repousser nos limites.

Nous profitons de l'arrivée, on retrouve les amis qui ont déjà fini, les équipes qu'on a croisé plein de fois sur le parcours. L'ambiance d'après course est parfaite, la BBQ Party bat son plein. Stéphane a enfin craqué et va acheter son sac Ötillö World Series. Le temps des premiers bilans n'est pas encore venu, pour l'instant on savoure juste notre victoire à nous. On a fini, j'ai été plus loin que je n'avais jamais été et avec le sourire. Même quand c'est dur, les paysages sont magnifiques, tu peux tourner la tête à droite et à gauche, il y a toujours quelque chose d'extraordinaire. Ne pas trop lever la tête par contre car tu vois ce qu'il te reste à faire et même si c'est beau, ça met un coup au moral. Même si nous n'aurons aucune récompense, nous restons à la cérémonie, tous les participants et les accompagnants sont là sous les tentes. Tout le monde est fatigué mais heureux. Je me dis que c'est quand même la plus belle course que je n'ai jamais faite, la plus dure aussi mais ça renforce sa beauté. La cérémonie se termine, les lieux se vident, il est temps de rentrer. Place à la finale de l'Euro, comme si on était pas assez fatigué, ils vont aux prolongations et la France finit par perdre.

Le bilan

Finishers

On a fini le plus dur des Swimrun de l'Ötillö World Series. C'est notre victoire à nous.

Esprit d'Equipe

On a eu un grand esprit d'équipe, chacun a du gérer ses coups de moins bien mais aussi s'adapter à l'autre. C'est une aventure qui se partage à deux et nous en avons amplement profité tous les deux.

Coup de mou dans le final

La dernière partie de course, à partir du cut off 2 a été très dure dans nos têtes et on a lâché. Je pense que nous aurions pu faire sous les 8h sans les différents pépins que nous avons eu. Mais c'est aussi ça que nous sommes venu chercher, une course non linéaire où tout peut arriver et dans laquelle on n'a pas d'autre choix que de se dépasser et de faire preuve de résilience.

Température

Nous pensions avoir froid dans l'eau et le top néoprène de Stéphane était là pour ça. Finalement il ne faisait pas si froid que ça (à part pour moi le dos ouvert) et le top l'empêchait de respirer plus qu'il ne le réchauffait. L'abandonner au bord de la route était la bonne décision. De même au départ il faisait déjà chaud, j'aurai du partir sans le haut de la combi.

S'encorder?

Encore une fois nous n'avons pas eu besoin de nous encorder, peut être que pour jouer un meilleur temps final, c'est nécessaire afin que celui qui est bien puisse tirer l'autre. Je ne suis pas entièrement convaincu cependant et ça reste à voir en fonction de la composition de l'équipe.

La suite

Nous avons déjà envie de revenir l'an prochain. Nous voulons également mieux faire en terme de chrono, avec l'expérience et un peu d'entraînement sérieux les 7h30 sont jouables. Personnellement j'ai énormément de motivation pour m'entraîner en course à pied pour l'année qui vient. C'est une bonne chose car c'est ce qu'il me manque. Nous aimerions aussi venir avec plus d'amis pour participer à la course afin de partager ça avec eux.